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Collège public ou privé : ce que les chiffres disent vraiment de l'écart

Rue où se font face un collège public des années 1970 en béton et brique et un établissement privé ancien en pierre surmonté d'un clocheton.

C’est la question que se posent des centaines de milliers de familles chaque printemps, et celle sur laquelle circulent le plus d’idées reçues — dans les deux sens. Les données publiques permettent d’y répondre précisément. Elles donnent une réponse plus nuancée que les deux camps.

L’essentiel en 30 secondes

Sur les 6 857 collèges que nous comparons, dont 1 571 privés (23 %), l’écart médian de réussite au brevet est de 13 points en faveur du privé : 98 % contre 85 %. Mais l’IPS médian des collèges privés est de 119,4 contre 99,8 dans le public — ils n’accueillent pas les mêmes élèves. Une fois ce profil neutralisé par le modèle du ministère, l’écart de valeur ajoutée médiane tombe à 4 points (+2 contre −2). L’écart réel est donc environ trois fois plus petit que l’écart affiché, et il est largement recouvert par la dispersion entre établissements d’un même secteur.

Les écarts bruts, sans interprétation

Indicateur (médiane)Public (5 286)Privé (1 571)
Réussite au brevet85 %98 %
Mentions parmi les reçus68 %87 %
IPS99,8119,4
Valeur ajoutée de la réussite−2+2
Accès de la 6e à la 3e92 %89 %

Trois lignes vont dans le sens du privé, une va dans le sens du public, et la ligne centrale — l’IPS — explique une bonne partie des trois premières.

Ce que l’IPS explique

Les collèges privés ne recrutent pas dans la même population. Le contraste est frappant aux extrémités :

  • parmi les 598 collèges dont l’IPS dépasse 130, 73 % sont privés ;
  • parmi les 747 collèges dont l’IPS est inférieur à 85, 1 % sont privés — dix établissements sur l’ensemble du pays.

Or, comme nous l’avons montré dans notre article sur l’IPS, cet indice explique à lui seul 41 % des écarts de réussite entre collèges. Comparer un taux privé à un taux public sans corriger ce biais, c’est comparer deux populations différentes et attribuer la différence à l’école.

Ce qu’il reste une fois le profil neutralisé : 4 points

La valeur ajoutée publiée par le ministère compare le résultat obtenu au résultat attendu compte tenu du profil scolaire et social des élèves. C’est la mesure la plus proche de « ce que l’établissement apporte ».

Sur cet indicateur, l’écart médian est de 4 points : +2 dans le privé, −2 dans le public. En moyennes plutôt qu’en médianes, on retrouve exactement le même rapport : 11,9 points d’écart brut, 4,3 points d’écart de valeur ajoutée. L’écart existe donc bel et bien, mais il est divisé par près de trois dès qu’on compare des élèves comparables.

Quatre points, c’est aussi moins que l’écart interne à chaque secteur : la valeur ajoutée s’étale de −34 à +41 tous collèges confondus. Autrement dit, le choix d’un établissement précis pèse beaucoup plus lourd que le choix d’un secteur.

Deux précautions avant de conclure

1. Le taux d’accès de la 6e à la 3e est plus bas dans le privé — 89 % contre 92 %. Cet indicateur mesure la part des élèves entrés en 6e qui atteignent la 3e dans le même établissement. Une partie du public de 3e privé n’est donc pas celui de 6e. La donnée ne dit pas pourquoi les élèves partent, et il serait malhonnête d’en déduire une sélection en cours de route : cela peut tenir à des déménagements, au coût, à des réorientations. C’est en revanche une excellente question à poser lors des portes ouvertes.

2. Le modèle du ministère ne capte pas tout. Il corrige le profil social et le niveau scolaire à l’entrée, pas la motivation des familles qui font une démarche active d’inscription. Une part des 4 points restants peut tenir à cet effet, sans qu’aucune donnée publique ne permette de le trancher.

Le choix se joue établissement par établissement

C’est le point le plus utile de toute cette analyse :

  • 35 % des collèges publics font mieux que leur résultat attendu, dont 713 avec au moins 5 points d’avance ;
  • 12 % des collèges privés font moins bien que leur résultat attendu — 147 établissements.

Il existe donc, dans presque chaque bassin, des collèges publics qui surperforment et des collèges privés qui sous-performent. Le raisonnement « privé donc mieux » vous fera manquer les premiers et payer les seconds.

Cinq questions à trancher avant de choisir

Nos comparatifs par ville alignent collèges publics et privés d’une même commune sur ces critères — cherchez la vôtre depuis la page Collèges.

Ce qu’il faut retenir

Les collèges privés affichent 13 points de réussite au brevet de plus que les collèges publics, mais accueillent un public nettement plus favorisé : ils représentent 73 % des collèges à très haut IPS et 1 % des collèges à très bas IPS. Une fois cet écart de profil neutralisé, il reste 4 points de valeur ajoutée médiane — un avantage réel, mais trois fois plus petit qu’annoncé, et bien inférieur aux écarts que l’on trouve à l’intérieur de chaque secteur. La bonne question n’est pas « public ou privé », c’est « lequel de ces deux établissements-là fait progresser ses élèves ».

Sources

Questions fréquentes

Les collèges privés obtiennent-ils vraiment de meilleurs résultats au brevet ?

Oui, en brut : 98 % de réussite médiane contre 85 % dans le public, et 87 % de mentions contre 68 %. Mais leur IPS médian est de 119,4 contre 99,8 dans le public — ils accueillent un public nettement plus favorisé. Une fois ce profil neutralisé par le modèle du ministère, l'écart de valeur ajoutée médiane tombe à 4 points.

Faut-il mettre son enfant dans le privé pour qu'il réussisse ?

Les données ne permettent pas de le dire à l'échelle d'un enfant. Elles montrent que l'écart moyen est bien plus faible qu'il n'y paraît, et surtout qu'il se joue établissement par établissement : 35 % des collèges publics font mieux qu'attendu, dont 713 avec au moins 5 points d'avance, tandis que 12 % des collèges privés font moins bien qu'attendu.

Pourquoi le taux d'accès de la 6e à la 3e est-il plus bas dans le privé ?

La médiane est de 89 % dans le privé contre 92 % dans le public : davantage d'élèves quittent l'établissement en cours de scolarité. La donnée ne dit pas pourquoi — déménagement, coût, réorientation ou départs à l'initiative de l'établissement. C'est une question à poser directement lors de la visite.

Combien y a-t-il de collèges privés en France ?

Sur les 6 857 collèges que nous comparons, 1 571 relèvent du privé, soit 23 %. Ils sont très inégalement répartis socialement : ils représentent 73 % des collèges dont l'IPS dépasse 130, mais seulement 1 % de ceux dont l'IPS est inférieur à 85.

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